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La rivière Arctic Red traverse des terres au relief extrêmement varié. Cette rivière de montagne, sur le premier tiers de son cours, dévale les Monts Mackenzie-Nord dépouillés de végétation. Depuis sa source, elle récolte les eaux de pluie, la neige réchauffée par le soleil et l’eau de fonte des glaciers. Au milieu de son cours, elle se transforme en une rivière aux rives escarpées après s’être taillée un bassin et un canyon impressionnants dans le relief surélevé du plateau Peel. Elle devient, près de son cour inférieur, une rivière au courant lent et chargé de sédiments qui irrigue les basses terres du fleuve Mackenzie jusqu’à sa jonction avec celui-ci. Depuis des siècles, les Gwichya Gwich’in nomment cette rivière «Tsiigehtchic» ou «rivière de fer». Qu’on l’appelle de son nom Gwich’in ou anglais, l’un ou l’autre décrit bien ce qu’elle est. Des falaises noires d’argile schisteuse surplombent sa vallée et parfois, étincellent des rouge, de pourpre et de jaune éclatants. Elles hébergent le faucon pélerin qui en a fait son lieu de nidification. Malgré ces escarpements, la rivière demeure l’une des plus accessibles du nord du Canada. Les Gwich’in savent depuis longtemps qu’on peut remonter la rivière sans obstacles sur plus de 150 km. Jusqu’à une époque relativement récente, ils remontaient encore le courant de la rivière lors de leur migration annuelle. Les voyageurs intrépides peuvent, encore aujourd’hui, suivre cette route et atteindre l’embouchure de la rivière par la route Dempster. De là, ils peuvent à leur gré explorer les mystères de la rivière Arctic Red et découvrir les richesses naturelles et culturelles remarquables de cette rivière du patrimoine canadien. Le bassin hydrographique de la rivière Arctic Red se divise en trois régions de superficie relativement semblable : les monts Mackenzie-Nord, le plateau Peel et les basses terres du Mackenzie. La rivière, d’une longueur approximative de 450 km, prend sa source dans les glaciers au Nord-Nord-Ouest des monts Mackenzie-Nord. De sa source, la rivière Arctic Red coule sur une distance de 120 km à travers les chaînes de montagne Backbone et Canyon. Plus loin, elle dévale une pente d’environ 1 300 mètres pour drainer le piedmont des chaînes de montagne Yellow et Lichen du plateau Peel. Ensuite, elle se fraye un passage dans les basses terres du Mackenzie, traversant ainsi le cercle polaire arctique pour recueillir les eaux de ses deux affluents principaux, les rivières Cranswick et Sainville (cours d’eau Bernard). Elle rejoint enfin le fleuve Mackenzie 25 km au sud du sommet sud du delta du fleuve Mackenzie. Le bassin hydrographique arrose une surface totale de 18 800 km2 et déverse annuellement 150 m3/seconde. Le bassin hydrographique fait partie, dans son entier, du règlement des revendications territoriales des Gwich’in. Le seul établissement permanent du bassin est celui de Tsiigehtchic (autrefois Rivière Arctic Red); (pop. 138 hab.). La réserve de la rivière Peel, située au nord-ouest du bassin hydrographique, a été fondée en 1921 et déclarée territoire de chasse exclusif des Gwich’in. La plus grande partie de la limite ouest du bassin suit la frontière entre le Yukon et les Territoires-du- Nord-Ouest. À l’est du bassin s’étend le territoire du Sahtu et des Esclaves de la région de Fort Good Hope. Les montagnes Mackenzie-Nord se sont formées lors de la phase tectonique laraminienne (65 millions d’années avant notre ère). À partir de matériaux de sédimentation déposés lors des périodes précédentes, le Plateau Peel et les basses terres du Mackenzie ont formé le prolongement de la vaste plaine intérieure de sédiments d’Amérique du Nord. Cette formation de sédiments, déposée à l’origine sur les bas-fonds des mers du Dévonien supérieur et du Crétacé (360–100 millions d’années avant notre ère), n’a pas subi les grandes forces orogéniques qui ont donné naissance aux monts Mackenzie et ne s’est que légèrement plissé. Les roches de cette époque sont à découvert sur le plateau Peel et ont formé les falaises noires d’argile schisteuse qui dominent ce segment de la rivière. Dans les monts Mackenzie, la vallée en forme de U rappelle la présence des glaciers continentaux et alpins qui jadis recouvraient cette région. Sur le plateau Peel et dans les basses terres du Mackenzie, la rivière a taillé son lit dans un système de canyons et de vallées qui se retrouve de 100 à 200 mètres plus bas que le relief environnant. Cette élévation disproportionnée et le va-et-vient latéral constant de la rivière au fond de la vallée ont produit des glissements impressionnants des parois environnantes vers la vallée et une érosion thermokarstique. Presque toute la région située au-dessus de 900 mètres d’altitude est complètement dénudée de végétation ou à peine recouverte d’arbustes de toundra, de bouleaux glanduleux et d’herbe. Au-dessous de cette altitude et au mépris des vents redoutables de l’Arctique, des forêts clairsemées d’épinettes se sont développées. Le fond de la vallée offre un environnement protégé et unique, véritable refuge pour les peuplements d’épinettes blancs. On y retrouve des spécimens vieux de 600 ans et atteignant un diamètre de 70 cm. Ces arbres sont parmi les plus vieux recensés jusqu’à maintenant dans les forêts boréales canadiennes. Malgré l’apparence dénudée et inhospitalière que ces montagnes dégagent vues des airs, des mouflons blancs réussissent à y trouver leur nourriture entre les pics. Le caribou des bois, provenant essentiellement du troupeau des monts Wernecke, y migre à travers les forêts. Des grizzlis errants en chasse s’attaquent aux éléments les plus faibles des troupeaux de moutons et de caribous. Les segments inférieurs de la rivière hébergent l’orignal, la martre, le rat musqué, le castor, la loutre, le lynx, le carcajou, le renard roux et le caribou des bois. La rivière Arctic Red, affluent principal du Mackenzie, est une route migratoire et une zone de frai de première importance pour le corégone, le grand brochet (ou du Nord), le coney (ou inconnu) et la louche (ou lotte de rivière). La rivière est le principal fournisseur du limon qui supporte les îles du Delta du Mackenzie. De toutes les caractéristiques naturelles particulières de la rivière Arctic Red, ses propriétés hydrologiques sont assurément les plus remarquables. En mai, lors de la débâcle, le niveau de la rivière peut monter jusqu’à 10 mètres au-dessus des niveaux atteints en hiver. La rivière Arctic Red se défait habituellement de ses glaces avant le fleuve Mackenzie, qui lui aussi subit une crue de 10 mètres et parfois plus. Les glaces du fleuve sont alors charriées en amont vers l’Arctic Red, qui est plus petite. Les années de grande crue, le fleuve Mackenzie pousse ses glaces jusqu’à 70 km en amont de la rivière Arctic Red. En s’écoulant, les glaces marquentde leur empreinte l’écorce des arbres situés sur le bord à plus de 5 mètres au-dessus du niveau de la rivière. À l’embouchure de la rivière, des fouilles archéologiques ont prouvé que les Gwich’in avaient développé d’excellentes techniques de pêche dans les remous, des siècles avant qu’Alexander Mackenzie ne s’aventure sur le fleuve en 1789. Les Anciens racontent encore des anecdotes de leurs migrations annuelles vers la rivière Arctic Red. Des familles et des bandes remontaient le courant, à la fin de l’été, après la crue des eaux. Ils se dirigeaient aux pieds des monts Mackenzie-Nord, à plus de 280 km de l’embouchure de la rivière. Lorsque le voyage à contre-courant devenait trop difficile par voie d’eau, ils poursuivaient à pied. Les Gwich’in établissaient leurs camps d’hiver sur des lacs riches en poissons au pied des premiers chaînons des montagnes. Pour survivre à l’hiver, ils chassaient le mouflon blanc et le caribou, et pêchaient en pratiquant des trous dans la glace des lacs. Au printemps, ils revenaient au camp d’été à l’embouchure de la rivière. On y retrouve encore quelques-uns des anciens chemins de portage et, si on porte vraiment attention, on peut encore entendre l’écho sonore des voix de ces voyageurs retentir contre les parois des falaises noires d’argile schisteuse. De nos jours, la rivière fournit aux résidants de Tsiigehtchic la plupart des éléments essentiels à leur survie. Leurs maisons sont chauffées au bois sec qu’ils coupent dans les forêts d’épinettes blancs. En été et en automne, ils pêchent au filet sur la rivière. Les chasseurs reviennent souvent de leur expédition de chasse avec de belles prises (orignal et sauvagine). En hiver, les trappeurs parcourent des centaines de kilomètres vers la source de la rivière pour y rejoindre leur zone de trappe. On tire de la rivière gelée une eau potable d’excellente qualité en cassant et fondant de gros blocs de glace taillés à même les crevasses. En 1868, des missionnaires catholiques romains sont venus pour la première fois à la rivière Arctic Red. En 1921, ils ont bâti, à l’embouchure de la rivière, une église qui semble rehausser la beauté de la région. Les marchands des compagnies Northern Trading et Baie d’Hudson ont installé des comptoirs rivaux aux mêmes endroits à partir de 1890 jusqu’au début du XXe siècle. Pour sa part, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) y a un détachement pratiquement depuis le début du XXe siècle. Un des agents de ce détachement a d’ailleurs été tué par Albert Jonhson, surnommé le « Trappeur fou de la rivière Rat ». L’événement le plus marquant de l’histoire récente des Gwinch’in est assurément le règlement de leur revendications territoriales. Cet accord, survenu entre le gouvernement du Canada et les Gwich’in, donne aux bénéficiaires un droit de propriété sur de vastes terres situées entre le delta du fleuve Mackenzie et la région de la rivière Arctic Red. Elle renferme aussi des dispositions donnant aux Gwich’in le droit de participer à la gestion des ressources naturelles et culturelles de la région. La rivière Arctic Red est l’un des plus longs affluents navigables du cours inférieur du Mackenzie. Du début de juin à la fin de septembre, son débit permet en tout temps la navigation à contre-courant et sans portage sur plus de 200 km. On peut y faire d’inoubliables randonnées nautiques en grande nature dans des embarcations à moteur de moins de 50 HP. La rivière est à peine développée, mais on peut camper dans l’un des nombreux terrains de camping naturels aménagés le long de son cours. La pêche récréative est totalement absente de la rivière Arctic Red. Pourtant, le potentiel de cette ressource est tout à fait remarquable. Des espèces dignes d’intérêt telles le grand brochet, l’ombre de l’Arctique et le coney (ou inconnu), sont très recherchées par les amateurs de pêche à la canne et au moulinet. La rivière foisonne de poissons et que dire de leur taille! Swan Creek, Bernard Creek, Jackfish et Weldon Creek feraient de splendides sites de pêche récréative. On peut descendre la rivière Arctic Red sur une distance impressionnante de 340 km soit en canot, en kayak ou en radeau pneumatique. Certains lacs des monts Mackenzie-Nord offrent un point de départ idéal pour les randonnées de descente de rivière. Au canyon du plateau Peel et à quelques endroits dans la vallée, on doit contourner des ravins en faisant trois courts portages. Les falaises élevées et noires d’argile schisteuse font de ce segment de la vallée un endroit impressionnant à visiter. Le bassin versant est un endroit idéal pour la chasse. Le mouflon blanc est très recherché par lesamateurs de trophées de chasse en montagne. La pourvoirie Arctic Red River Outfitters a installé un camp de base pour la chasse au mouflon blanc près du lac Sven. Cette région, près des Source Peaks, offre un panorama de montagne exceptionnel avec ses lacs glaciaires surélevés, ses petits champs de glace et ses falaises escarpées. On peut y faire de la randonnée pédestre de longue durée à travers la toundra alpine. De nombreuses pistes serpentent les cols des montagnes et les multiples canyons. Renseignements pour les visiteurs Accès : La rivière Arctic Red est unes des rivières les plus accessibles des Territoires-du-Nord-Ouest. On peut y accéder par la route et par voie d’eau. La route Dempster passe tout près du confluent de la rivière avec le fleuve Mackenzie. Un traversier amène automobiles et passagers à l’embouchure de la rivière Arctic Red et jusqu’à Tsiigehtchic. L’accès au cours supérieur de la rivière par avion sans flotteurs est limité à la piste d’atterrissage en gravier bien entretenu du camp de base du lac Sven, une des pourvoiries de la rivière Arctic Red. Il y a des zones d’atterrissage pour avion à flotteurs sur de nombreux lacs des basses terres du Mackenzie et au bord de la rivière Arctic Red. On peut aussi se poser sur la rivière même, sur des segments suffisamment droits et profonds. Dans les montagnes, l’accès aux lacs par avion à flotteurs est limité aux lacs jumeaux Misfortune, au petit lac Archie dans les Source Peaks (pour les vols à atterrissage et décollage courts seulement), au lac Sven et à plusieurs autres lacs composant les lacs Otter, au sud du confluent des rivières Orthogonal et Arctic Red. La rivière Arctic Red fait partie, en tant que voie maritime navigable, de l’accord sur les revendications territoriales des Gwich’in. Les voyageurs peuvent cependant utiliser librement cette voie de communication. Les Gwich’in ont toutefois imposé certaines restrictions quant à l’accès et à l’utilisation de leur territoire. On recommande aux visiteurs de se renseigner auprès du Conseil tribal des Gwich’in à Fort McPherson ou à Tsiigehtchic avant d’entreprendre un voyage sur la rivière Arctic Red. Hébergement et services : À Tsiigehtchic, on trouve des magasins, de l’essence et des chambres en quantité limitée à l’hôtel Sunshine Inn. Il n’y a pas de terrain de camping officiel. Les amateurs peuvent cependant installer leurs tentes sur les terrains plats près du débarcadère du traversier. Inuvik est à 120 km au nord de Tsiigehtchic près de la route Dempster. La ville offre aux visiteurs une gamme de services divers : hébergement, restaurants, terrains de camping, boutiques spécialisées, compagnie de transport aérien en charte-partie et pourvoyeurs. Le seul service commercial de guides disponible dans tout le bassin hydrographique est offert par la pourvoirie Arctic Red River Outfitters. Elle dessert le territoire de la région montagneuse de la rivière. Pour plus de renseignements, vous pouvez écrire à : B.P. 5988, Whitehorse, Yukon, Y1A 5L7; tél. : (403) 633–4924; (www.arcticred-nwt.com) télécopieur : (403) 668–6328. Les guides pour les segments du milieu et du bas de la rivière ne sont disponibles qu’à temps partiel. Pour en savoir d’avantage, adressez-vous à la Chartered Community de Tsiigehtchic, Tsiigehtchic (T.-N.-O.) X0E 0B0, téléphone : (403) 953–3201. (www.explorenwt.com) Cartes topographiques : La rivière Arctic Red est représentée à l’échelle 1/250 000 sur les cartes 106N (Communauté de la rivière Arctic Red), 106K, 106G et 106B du Système national de référence cartographique. On peut se procurer ces cartes à l’adresse suivante : 615, rue Booth, Ottawa, Ontario, K1A 0E9; tél : (613) 952-7000 (http://maps.NRCan.gc.ca), ou encore à Énergie, Mines et Ressources, 4914 50e rue, Yellowknife, Territoires-du- Nord-Ouest, X1A 2L9. Services, permis et règlements : Economic Development and Tourism, Gouvernement des Territoire du Nord-Ouest (GTNO) ,Yellowknife, Territoires-du-Nord-Ouest (TNO), X1A 2L9 tél : (403) 873–7905. Econ. Dev. & Tourism , GTNO, Inuvik, X0E 0T0. (403) 979-7230. Conseil tribal des Gwich’in, Fort McPherson, Territoires-du-Nord-Ouest, Canada, X0E 0J0, tél : (403) 952–2330. Chartered Community of Tsiigehtchic, Territoire du Nord-Ouest. X0E 0B0, tél : (403) 953–3201. Misher, Craig.« Missionnaries in Collision : Anglicans & Oblates among the Gwich’in, 1861-65 » (Missionnaires en collision : anglicans et Oblats chez les Gwich’in, 1861-1865) dans Arctic. 43-2, juin 1990, p.121-126. Saville, Gerry. « High Country Safari » (Safari en montagne), UpHere. Vol.7, no.2, mars-avril-mai, 1991. p.18-20. Slobodin, Richard. « Kutchin ». Handbook of American Indians (Guide sur les Amérindiens) Noel, Lynn., dir., Voyages: The CHRS - The First Ten Years (Voyages : la RRPC – la première décennie). QLF Canada, Breakwater Press St John’s (Terre-Neuve), Canada, 1995. Vidéo : « Summer of the Loucheux » (L’été des Loucheux), Tamarack Films G. McCrae, dir. |