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Un écrivain américain l’a qualifiée de « rivière sortie de l’éden », les Mi’kmaqs l’appelaient « celui qui désobéit à son père », les explorateurs français l’ont baptisée « Ristigouche » et des légions d’amateurs de pêche soutiennent mordicus que c’est « la meilleure rivière à saumon du monde ». Pour tous, c’est la célèbre rivière Ristigouche du Nouveau-Brunswick. Cette section de la voie navigable historique, qui a été désignée rivière du patrimoine canadien en 1998, s’étend sur 55 km entre le ruisseau Jardine et la fosse Million Dollar, là où elle conflue avec la rivière Patapedia. Cette section de la Ristigouche n’est accessible par route qu’à un seul endroit, soit le village de Kedgwick River situé à la fin de la route 265. Le pont à Kedgwick River, construit pour donner accès aux chemins forestiers menant dans la région forestière intérieure, est le seul pont qui traverse la Ristigouche dans la section désignée. En raison de sa relative inaccessibilité par route, la région est demeurée entièrement intacte. La rivière s’écoule paisiblement en méandres à travers de denses forêts. Les rares clairières sont celles où de hardis colons ont construit leur maison pour y élever leur famille. Le terrain accidenté est peu aménagé et, sur sa plus grande partie, la rivière est demeurée le domaine du majestueux saumon de l’Atlantique. Un grand nombre de riches personnalités de ce monde, dont des aristocrates avec titres de noblesse et même un ancien roi (le duc de Windsor), ont été attirées par la Ristigouche et la pêche qu’on y pratique. Des hommes et des femmes, habitués à donner des ordres, se sont soumis docilement aux instructions des guides locaux qui leur montraient où jeter leur ligne dans des fosses profondes aux noms mystérieux : Devil’s Half Acre, Snake Rock et Trotting Ground. Puis, alors que leur canot remontait tranquillement le cours d’eau, ces personnes ont connu la paix qu’apporte la communion avec la nature dans un décor qui a à peine changé en 200 ans. Si les pêcheurs continuent de se diriger vers la Ristigouche entre juin et août, la rivière attire maintenant les canoéistes de même que les autres amants de la nature. Au printemps, les rives sont luxuriantes et vertes. En été, le saumon fait des bonds hors de l’eau, son flanc d’argent brillant au soleil. À l’automne, la région se transforme en une féerie de couleurs chatoyantes. En hiver, elle dort tranquillement sous une couverture de neige, sa paix à peine troublée par les adeptes de la raquette et du ski de fond. La Ristigouche a façonné la vie de bien des gens, depuis les Mi’kmaqs, pour qui c’était une importante voie de transport, jusqu'aux immigrants irlandais fuyant la pauvreté à la recherche d’une vie meilleure, les pêcheurs sportifs et les enfants qui s’amusent sur ses rives. D’une beauté prodigieuse et d'un intérêt historique inestimable, la Ristigouche offre aussi des possibilités récréatives exceptionnelles. Pour toutes ces raisons, la candidature de la Ristigouche au statut de rivière du patrimoine canadien a été acceptée par la Commission des rivières du patrimoine canadien en janvier 1995. En février 1998, la province du Nouveau-Brunswick a déposé un plan directeur de la rivière et de son bassin hydrographique devant la Commission, qui lui a accordé officiellement le statut de rivière du patrimoine canadien. Située dans le nord du Nouveau-Brunswick, la Ristigouche s’écoule vers le nord-est jusqu'à la baie des Chaleurs et au golfe du Saint-Laurent. Ses principaux affluents sont les rivières Kedgwick, Gounamitz, Patapedia et Upsalquitch. Des camps de pêche au saumon se trouvent à quatre endroits à l’intérieur de la section désignée et ne sont ouverts que pendant la saison de pêche au saumon. Les terrains adjacents à cette section de la Ristigouche appartiennent pour la plupart à l’État. La région est caractérisée par sa topographie vallonnée où les hauteurs varient d’environ 50 mètres aux embouchures des rivières à environ 400 mètres le long d’un escarpement dont la pente, vers le nord-ouest, mène à la Ristigouche à partir de l’Upsalquitch. Le lit de la rivière a subi l’influence de la géologie et de l’écoulement des glaces dans la région, formant une voie navigable légèrement sinueuse, témoignant par endroits de l’érosion naturelle. Des plaines d’inondation, des terrasses, des îles, des digues, des affleurements rocheux et des fosses profondes en sont les principales particularités. ![]() Le Nouveau-Brunswick est renommé pour ses forêts. Les berges de la Ristigouche sont densément boisées avec prédominance du thuya occidental, du sapin baumier et de l'épinette blanche. On y trouve aussi à l’occasion des pins blancs et des feuillus, dont le bouleau blanc et jaune, le peuplier faux-tremble et le peuplier baumier. Des incendies et des exploitations forestières ont modifié les structures végétales de la région, notamment celles du sol. Le tapis forestier est formé d’une grande variété de plantes vasculaires, de mousses et de lichens. Certaines de ces espèces, telles que le carex de Crawe et l’asplénium vert, sont rares dans les autres provinces canadiennes. La couverture forestière conjuguée à la végétation du sol, qui lui est associée, est favorable à une faune abondante. Les promeneurs sur les sentiers forestiers rencontrent facilement des cerfs de Virginie, des orignaux, des renards roux, des ours noirs ou des coyotes, tandis que les canoéistes peuvent apercevoir des castors, des gélinottes huppées et des colverts. Un jour de chance, ces fervents du plein air pourront apercevoir un lynx faisant tranquillement son chemin entre les arbres ou un balbuzard plongeant comme un éclair dans l’eau. Le lynx du Canada et le balbuzard pêcheur sont des espèces menacées à l’échelle provinciale. Naturellement, la Ristigouche est célèbre pour son saumon, dont certains individus peuvent peser jusqu'à 50 livres et plus. Selon la légende, la rivière a été baptisée par un chef mi’kmaq en détresse dont le fils était mort à la tête d'une expédition menée contre des braconniers mohawks qui prélevaient des saumons dans la rivière. Le chef s’était opposé à la bataille et lorsque le détachement mi’kmaq au complet a été massacré sur les rives de la rivière, il l’a baptisée « celui qui désobéit à son père ». La lignée de Ristigouche de la Nation mi’kmaq, dont l’emblème était naturellement le saumon, et les Malécites qui vivaient sur les rives de la rivière Saint-Jean utilisaient le corridor de la Ristigouche comme voie de transport et exploitaient les riches ressources naturelles de la région pour leur subsistance. Les Mi’kmaqs se déplaçaient de leur campement principal dans la baie des Chaleurs à Tjigog (Atholville) pour remonter la Ristigouche jusqu'à la rivière Saint-Jean ou pour rejoindre la Matapédia et le Saint-Laurent. Lorsque l’explorateur français Samuel de Champlain s’est rendu de Gaspé à Miscou, il a appris des Mi’kmaqs de la Ristigouche qu’il y avait un passage vers le golfe du Saint-Laurent par la rivière Matapédia, compte tenu d’un court portage. Champlain était accompagné de missionnaires français et de commerçants de fourrures qui dépendaient des Autochtones pour s’orienter. La Ristigouche a également été le théâtre, en 1760, d’une des batailles les plus importantes entre les Français et les Anglais. La flotte française a été détruite alors qu’elle se rendait à Québec. Après la défaite, des commerçants de fourrures britanniques se sont installés dans la région, où des officiers ont été mis en poste pour défendre le territoire de la Couronne. Ces hommes, qui avaient tout leur temps, ont découvert les joies de la pêche au saumon. Il en est de même de nombreux Écossais qui travaillaient comme pilotes sur les navires anglais. La nouvelle s’est répandue jusqu'en Écosse et, en 1773, huit hommes, dont Robert Ferguson et Samuel Lee, sont venus d’Aberdeen dans la région de la Ristigouche pour y établir une industrie de la pêche. Les colons écossais ont aussi été parmi les premiers à défricher les terres à des fins agricoles sur les berges de la rivière mais, en raison du terrain accidenté et du climat rigoureux, l’agriculture était un mode de vie difficile et bon nombre de ces agriculteurs se sont tournés vers d’autres activités pour gagner leur vie, notamment la pêche. À cette époque, le saumon était si abondant dans la rivière que celle-ci était considérée comme la plus productive en Amérique du Nord. D’énormes quantités de poissons (4 millions de livres par an) étaient expédiées par-delà l’Atlantique. Un archidiacre anglican voyageant dans la région au début du XIXe siècle se plaignait de la difficulté qu’il avait à franchir la rivière à cause des filets à saumon. La surpêche à cette échelle massive n’a pas tardé à épuiser en grande partie les populations de saumon. Une loi a été promulguée en 1824 pour interdire la pêche après le 1er août et pour abolir la pêche de nuit. Même s’il s’agit de l’une des premières lois de conservation en Amérique du Nord, la mesure n’a pas suffi. En 1857, un agent des terres de la Couronne faisait savoir dans un rapport que les prises continuaient de baisser et demandait au gouvernement d’adopter une loi plus efficace. La Loi sur les pêches a ainsi été promulguée en 1858. Elle a ouvert la porte aux clubs de chasse et de pêche privés en leur accordant des baux de pêche. Tandis que la forêt représentait une valeur sûre pour les sociétés forestières, les droits de riverain (droits de pêche exclusifs) étaient encore plus convoités et étaient vendus aux plus offrants. Des millionnaires comme le magnat du chemin de fer William Vanderbilt ont acheté des terres assorties de droits de riverain sur la Ristigouche. Non satisfaits des bâtiments qui s'y trouvaient, soit surtout de petites cabanes en rondins, les propriétaires millionnaires ont construit des camps et des pavillons de pêche de luxe. Un de ces camps, qui se trouve le long de la section désignée, est Kedgwick Lodge. Ses plans sont l’œuvre de l’architecte américain de renom, Stanford White, que Vanderbilt avait engagé. White est célèbre pour avoir créé le style d’architecture éclectique du « Revival » américain, où domine le bardeau, et typique des grands domaines de la côte est des États-Unis. L’exploitation forestière était l’activité de l’hiver la plus importante dans la région, de la deuxième moitié du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Au printemps, lorsque les eaux de fonte des affluents faisaient grimper les niveaux d’eau, les grumes étaient transportées massivement par flottage jusqu'aux scieries de la baie des Chaleurs. Matthew et Bella Broderick, préposés à l’entretien du domaine de Vanderbilt, rapportent avoir hébergé et nourri jusqu'à 70 draveurs en route vers le train de bois. Après un généreux déjeuner de bûcheron fait de fèves au lard et de pain maison, les hommes entreprenaient le parcours de 23 milles depuis l’embranchement des rivières Ristigouche et Kedgwick jusqu'aux rapides Depot pour entreprendre le flottage du bois. De grandes personnalités ont aussi visité la région. Mentionnons le duc et la duchesse de Windsor qui, pendant une semaine, ont vécu une vie simple au camp de Ristigouche appartenant à un homme d’affaires canadien, Izaak Walton Killam. Comme bien d’autres amateurs de pêche, l’ancien roi passait ses journées à pêcher. La duchesse, pour sa part, a été prise au dépourvu lorsque l’homme qu’on lui avait donné pour guide, Duncan Myles, a été tellement saisi d’émotion à la vue de la célèbre dame qu’il s’est évanoui en la faisant monter dans le canot. De nos jours, une large autoroute mène le voyageur de la baie des Chaleurs jusqu'à Saint-Jean. Ces dernières années, les transports sur la rivière ont bouclé la boucle. Tout comme les Autochtones des siècles d’autrefois, les voyageurs modernes explorent à leur tour la Ristigouche en canot. La section de la rivière désignée a ceci de particulier que tout en étant considérée comme éloignée, elle est toute proche de la civilisation. Elle offre d’excellentes possibilités récréatives, dont le canot, le kayak, les visites touristiques, l’observation de la nature, l’interprétation culturelle et historique, le camping et la pêche sportive. La pêche au saumon représente plus de 90 p. 100 de l’activité de pêche dans le réseau de la rivière, la truite occupant le second rang. On trouve quatre camps de pêche au saumon dans la section désignée : Downs Gulch, Larry's Gulch, Kedgwick Lodge et Cater Hall Lodge. Larry's Gulch est exploité par le ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick, mais les places sont réservées longtemps à l’avance. Les trois autres appartiennent à des familles du secteur privé. Pour accueillir un plus grand nombre de personnes, on autorise l’accès public à la pêche au saumon dans un secteur appelé « Crown Open Stretch », qui va du pont Montgomery jusqu'à l’embouchure du ruisseau Jardine, de même que dans deux sections des Eaux de la Couronne réservées. Le canot et le camping récréatifs dans la région ont progressé régulièrement dans la faveur populaire au cours des dix dernières années. La rivière offre une grande variété d’expériences de canotage. Au total, environ 340 km d’eaux navigables sont directement accessibles à partir de la section désignée. Grâce à une initiative du Fonds en fiducie pour l’environnement du Nouveau-Brunswick, des emplacements de camping sont actuellement en voie d’aménagement et sont entretenus par le ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie à l’intention des canoéistes. Quatre emplacements de camping à l'état naturel ont été aménagés dans la section désignée de la rivière. L’écotourisme fait aussi son apparition dans la région. Un terrain de camping, Echo Restigouche, a été établi dans le coude de la rivière qui se trouve à la fin de l’autoroute partant de Kedgwick. On y offre des forfaits de canot, comprenant des directives et des guides de référence pour tous les niveaux d’habileté. Les canoéistes d’expérience, qui veulent planifier leur propre excursion, peuvent y obtenir des services de transport et d’hébergement. On peut aussi s’inscrire à des forfaits de randonnée et d’observation de la nature. Comme Echo Restigouche est ouvert toute l’année, on peut prendre part à des parties de chasse à l’automne et, l’hiver, y faire de la raquette, de la motoneige et du ski de fond. Il y a plusieurs sentiers bien entretenus dans la région, mais non sur la rivière parce que la glace présente trop d’aspérités et que certains secteurs ne gèlent jamais. Renseignements pour les visiteurs ![]() Hébergement et services : le seul établissement d’hébergement que l’on trouve actuellement sur la rivière est situé à Echo Restigouche. Le camp comprend sept grands chalets en rondins, chacun pouvant abriter huit personnes, deux chalets de quatre personnes et 17 emplacements de caravane. On peut monter sa tente partout sur le terrain d’Echo Restigouche. On trouve des motels dans la ville de Campbellton et dans les villages de Kedgwick et St-Quentin. Accès : route 17, direction nord, à partir de St-Léonard sur la Transcanadienne jusqu'à Campbellton dans la baie des Chaleurs, qui est le principal accès routier à la région. Il faut compter environ une heure de route entre St-Léonard et le village de Kedgwick et la jonction avec la route 265. Il y a plusieurs petits villages sur la route 17 au nord de St-Quentin et la route est bien entretenue toute l’année. Les personnes qui arrivent de la Gaspésie peuvent traverser les ponts à Cambellton et à Matapédia, qui se trouvent à environ une heure de route de la rivière. L’aéroport d’importance le plus proche est à Fredericton, soit environ 200 milles (333 km) de Kedgwick. Cartes topographiques : la section désignée de la Ristigouche est comprise dans les cartes suivantes que l’on peut se procurer auprès du ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie du Nouveau-Brunswick : (1) échelle de 1:250 000 – Campbellton no 21-0; (2) échelle de 1:50 000 – Atholville no 21-0/ 15, Kedgwick no 21-0/ 11 et Menneval no 21-0/14. Une carte de canotage, échelle de 1:50 000, peut être obtenue à Systèmes d'information géographique, Nouveau-Brunswick, CP 6000, Fredericton (N.-B.) E3B 5H1. Téléphone et Télécopieur : (506) 453–3279. Information touristique : Hébergement, pourvoyeurs et guides : Tourisme Nouveau-Brunswick, B.P. 12345, Woodstock (Nouveau-Brunswick), Canada, E0J 1B0; http://www.tourismenouveau-brunswick.ca/ Chasse et la pêche – Permis et règlements – Ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie, Direction de la pêche sportive et de la chasse – B.P. 6000, Fredericton (N.-B.), E3B 5H1. Réseau des rivières du patrimoine canadien : Représentant du Nouveau-Brunswick à la Commission des rivières du patrimoine canadien, a/s du Comité d’évaluation environnementale de Miramichi. B.P. 8, Ville de Miramichi, N.-B., E1N 3A5. Gestionnaire national, Commission des rivières du patrimoine canadien, a/s Parcs Canada, Ottawa, Canada, K1A 0M5. Tél. : (819) 994-2913, téléc. : (819) 997-0835. Courriel : donald.gibson@pc.gc.ca B.M. Broderick, 1994, Memories of the Kedgwick River, Chatham, Nouveau Brunswick, Non-Entity Press, Fredericton, en vente dans les librairies du Nouveau-Brunswick, 12,95 $. Dr. Alice Kenney, 1975, « The Restigouche in the Eighties », Atlantic Salmon Journal. Robert Leavitt, 1991, Maliseet and Micmac First Nations of the Maritimes, Micmac-Maliseet Institute, Université du Nouveau Brunswick. Fredericton, Nouveau-Brunswick. G.B. MacBeath, 1954, The Story of the Restigouche, Musée du Nouveau-Brunswick. Document de mise en candidature rédigé par le ministère des Ressources naturelles et de l'Énergie du Nouveau-Brunswick, 1994. Voyages: Canada's Heritage Rivers, Lynn E. Noel (sous la direction de), édité par Breakwater Books of Newfoundland et parrainé par QLF/Atlantic Centre for the Environment. Appels sans frais de Terre-Neuve : l–800–563–3333. Ailleurs au Canada : 1–800–387–0172. États-Unis : 1–800–805–1083. On peut obtenir une remise à la Canadian River Management Society. Tél. : (613) 824–0410. |